Communication, musique et santé mentale

INTRODUCTION

Définie par l’Organisation Mondiale de la Santé comme «un état de bien-être mental qui nous permet de faire face aux sources de stress de la vie, de réaliser notre potentiel, de bien apprendre et de bien travailler, et de contribuer à la vie de la communauté», la santé mentale contribue à l’équilibre personnel et social. Elle est influencée par différents facteurs dont les informations que nous recevons. On ne peut donc pas négliger l’effet de la communication sur la santé mentale. Le flux permanent d’information dans notre quotidien, qu’il soit verbal ou non, rend d’autant plus pertinent ce rapport entre la communication et la santé mentale. À cet effet ce présent article, dans le cadre de la programmation autour de la thématique “Arts et Cultures, un regard transculturel sur la santé mentale” du carrefour des Cultures Africaines, pose la question du lien entre la communication, la musique et la santé mentale dans un paradigme subsaharien. Il se propose d’explorer comment la musique facilite la communication entre les individus, favorise l’équilibre intérieur et ouvre des passerelles entre le monde visible et invisible. Nous nous intéresserons à cet effet à la notion de communication dans les traditions d’Afrique subsaharienne en générale, de la parole et par ricochet de la musique puis enfin à la musicothérapie.

COMMUNICATION TRADITIONNELLE AFRICAINE

La notion de communication renvoie à un processus d’échange d’information de messages, de manière verbale ou non. En Afrique subsaharienne, elle est caractérisée par un fort symbolisme et relève de 2 dimensions. Nous avons la «Phéno-communication» ou communication horizontale, d’essence matérielle, acoustique qui permet la communication du quotidien et la «Crypto-communication » ou communication verticale d’essence initiatique, mystique, qui permet la communication entre entre le physique et le spirituel. En effet, on ne peut dissocier dans ces cultures la double nature de l’existence à savoir matériel et immatériel, physique et spirituelle, visible et invisible.

La parole, principal vecteur de la communication verbale, est en Afrique subsaharienne une énergie qu’il faut maîtriser et contrôler.  Elle donne vie à nos pensées et sentiments profonds par la vibration du son de notre voix.  Le caractère sacré de la parole et ses multiples usages à des faits spirituels  fait référence au Verbe originel de la création, la Parole primordiale. Étant à l’origine de toute création, c’est également par elle  que l’on peut remonter à l’Énergie créatrice. Outre la parole, la sculpture,  l’architecture, le corps, la mode, la musique et la danse sont d’autres moyens de communication. Par leurs formes, leurs figurations, leurs manipulations, leurs esthétiques et les interactions qu’elles suscitent, tout est communication par les symboles. 

LA MUSIQUE EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE, UN MOYEN DE COMMUNICATION ET DE THÉRAPIE

Présente dans toutes les circonstances de la vie du subsaharien, la musique y est avant tout utilitaire et remplit des fonctions dans un contexte rituel ou social. On distingue la musique sacrée, celle de travail et de réjouissance. Par un système de codification, elle est un  moyen de sauvegarde et de transmission, d’éducation, de gestion des relations sociales, de motivation, de communication et de thérapie. Pour le chercheur et musicien camerounais Francis Bebey, la musique en Afrique est « l’art d’exprimer la vie au moyen de sons combinés d’une manière agréable ou non ». La musique comme l’expression de la vie souligne son importance dans les cultures africaines; non pas pour le folklore ou le divertissement mais pour ses fonctions mémorielles, sociales et thérapeutiques. Le caractère facultatif de son agréabilité, indique que sa finalité n’est pas son esthétique auditive mais son efficacité. Elle se distingue par trois caractéristiques principales que sont les  ostinato, le langage tambouriné et son indissociabilité de la danse. Les ostinato repris en chœur, comparable à des fractales de paroles ou de mélodies, crée une énergie et une vibration particulière au chant. Le langage tambouriné se base sur le caractère tonal  des langues africaines en jouant sur une double sonorité grave et aiguë. Il permet de porter un message là où la voix ne peut atteindre. La musique se fait également par la danse qui est une expression corporelle et une écriture symbolique du corps dans l’espace qui fait, accompagne et complète la musique. 

L’importance de la transmission orale dans les cultures africaines fait de la musique un de ses moyens de communication privilégié. Elle permet par les paroles des chants, le langage tambouriné et la danse une conservation et transmission intergénérationnelle des fondements culturels. Elle peut être considérée comme un système d’archivage par un langage qui requiert une initiation permettant le décryptage des informations codées.  Dans la communication verticale comme horizontale, elle facilite la transmission de messages que seule la parole ne peut assurer.

Associée à des rites de guérison depuis l’antiquité dans plusieurs cultures et civilisations, la musique contribue à l’amélioration de la santé mentale et physique. L’American Music Therapy Association décrit la musicothérapie comme un service où « la musique est utilisée dans le cadre d’une relation thérapeutique pour répondre aux besoins physiques, émotionnels, cognitifs et sociaux des individus ». Elle  se décline en deux approches principales. La première est la musicothérapie active qui  implique le patient dans le processus créatif et musical en lui permettant de s’exprimer et de communiquer par un autre biais que la parole. La deuxième, la musicothérapie réceptive, qui consiste à faire écouter au patient de la musique ou du son afin de le faire réagir. En tant que vibration, le son se connecte à nos nerfs. Ces vibrations sont envoyées sous forme de message codé à notre cerveau. Celui-ci les traduit en signaux-neurones, les interprète et les décode. Le corps réagit en réponse au type de message reçu par différents mécanismes comme la baisse du taux de cortisol, l’hormone du stress, la libération de l’endorphine, de la sérotonine ou encore de la dopamine. La musicothérapie favorise ainsi entre autres  la communication et le lien social, l’amélioration des fonctions cognitives, psychomotrices,la relaxation, l’amélioration de l’humeur, un équilibre psycho-émotionnel.

MUSICOTHÉRAPIE AFRICAINE ET SANTÉ MENTALE

Le physique étant influencé par le spirituel dans les cultures subsahariennes, un corps malade est avant tout un esprit malade, un dysfonctionnement spirituel. Deux types de maladies sont à distinguer. Celles dites naturelles correspondant à un déséquilibre spirituel provenant du patient lui-même et les maladies dites surnaturelles dont l’origine est extérieure à l’individu, un sort lancé par un tiers malveillant. La thérapie s’opère sous quatres dimensions à savoir sacrée,  mentale/psychologique, biomédicale et énergétique. Le soin du corps passe d’abord par celui de l’esprit. Pour ce faire, le thérapeute, grâce à des rituels soutenus par la musique, communique avec des entités, l’âme ou l’esprit  du patient afin de connaître les causes et remèdes de la maladie. Composées d’incantations dont seuls les initiés maîtrisent les secrets, ces musiques chargées de vibrations particulières permettraient d’activer les énergies nécessaires à cet effet.  On distingue quatres types de paroles dans la thérapie traditionnelle subsaharienne : les paroles exorcisantes qui vise à chasser les énergies négatives  de rétablir l’équilibre, les paroles propitiatoires  permettant de s’assurer la pérennité de l’état positif, les paroles adorcisantes  visant la conciliation du surnaturel avec l’humain dans le but de rétablir un équilibre et enfin les paroles conjuratoires qui consiste à éloigner le négatif.

Outre les effets de la musique sur le cerveau, la  musique traditionnelle subsaharienne présente d’autres avantages. Étant indissociable de la danse, elle assure  au  corps une activité physique permanente. Le chant en chœur renforce le sentiment d’appartenance à une communauté, boostant ainsi l’assurance et un équilibre psychologique, moral et émotionnel. La croyance en un pouvoir surnaturel de la musique induit un effet placébo dans un processus thérapeutique. Par le processus d’auto suggestion les paroles des chants thérapeutiques permettent une reprogrammation du subconscient permettant au patient d’entrer dans un processus mental de guérison.

CONCLUSION 

Les cultures d’Afrique subsaharienne se caractérisant par une frontière presque inexistante entre le physique et le spirituel, il est important de tenir compte de cette dualité dans tout travail s’inscrivant dans ce paradigme. La communication étant à l’image de la culture dont elle est issue, celle subsaharienne se classent en «Phéno-communication » et la «Crypto-communication ». Qu’elle soit verbale ou non, elle est caractérisée par un fort symbolisme et passe par l’architecture, la sculpture, l’expression par le corps ou encore la musique. Avant d’être un folklore, la musique subsaharienne  est d’abord un moyen de communication et de thérapie. Au-delà de ses fonctions socio-culturelles, elle permet d’échanger avec le visible et l’invisible dans le processus thérapeutique. Que ce soit par la parole, les chants ou les instruments, la musique agit sur notre équilibre mental. Elle envoie des informations qui arrivent à notre cerveau sous forme de vibrations activant des activités neuronales spécifiques. Ceci entraîne des sécrétions d’hormones qui agiront sur nos émotions, nos sentiments, notre santé mentale. La particularité de musique traditionnelle africaine est qu’elle associe la théâtralisation, ainsi que l’interaction du corps qui jouent un rôle supplémentaire dans ce processus. Faisant également intervenir des productions plastiques à caractère symbolique, la question de la thérapie traditionnelle africaine va au-delà de son rapport avec la musique.

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